samedi, août 20, 2022

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Arthur Germain, ce nageur qui remonte la Seine de la source à l’océan

Il a du retard. Descendre la Seine à la nage n’est pas chose aisée, même pour un nageur expérimenté comme Arthur Germain. De passage à Troyes ces 16 et 17 juin, l’aventurier pourrait prolonger son séjour dans l’Aube mais toujours continuer à porter son message, qu’il veut positif et écologique. Un défi de 52 jours entre Source Seine (Côte-d’Or) sur le plateau de Langres, où il est parti le 6 juin 2021, et le port du Havre. Entretien réalisé depuis son bivouac.
 

Comment vous est venu cette idée un peu folle de nager les quelque 780 km de la Seine ?

Il y a 3 ans, j’ai traversé la Manche à la nage parce que j’étais passionné de natation depuis petit. J’avais envie de relever ce défi pour sortir de ma zone de confort. Après ce challenge, j’ai eu des expériences dans des associations écologiques et notamment la fondation GoodPlanet, la fondation Tara Océan pour lesquelles j’ai pu travailler en tant que bénévole et en tant que service civique après. Ensuite, j’ai eu envie de porter mon propre message, plus fondé sur quelque chose de positif où on cherche des solutions.

Le point de départ de mon projet, c’est d’essayer de sensibiliser les gens à la protection d’un fleuve et de l’environnement en général. Au début, je voulais faire un documentaire, traverser Paris et montrer la pollution, parce que c’est quelque chose qui m’avait beaucoup marqué en tant que nageur. Au fur et à mesure, je me suis aperçu que la Seine c’était plus qu’à Paris, c’est aussi dans les zones où je suis actuellement qui sont assez rurales. C’est aussi Troyes, c’est aussi le Havre et son estuaire. Quoi de mieux pour sensibiliser à la protection de l’environnement que de descendre tout un fleuve, surtout que ça correspond à mes propres besoins. J’avais besoin de me reconnecter à la nature, d’avoir une expérience en solitaire personnellement dans la vie, donc je me suis en fait lancé ce défi il y a un an et demi… Après, ça a été toute la préparation qui a pris du temps.

 

Justement, comment vous êtes vous préparé ?

La première chose que j’ai faite, c’est de nager beaucoup. J’ai nagé avec de très bons nageurs qui ont remporté des médailles aux championnats de France de nage en eau libre. Ce sont des amis. Ils m’ont tiré vers le haut dès le début de mon projet comme Axel Reymond, Julien Zinsmeister,  Paul Reuillon… J’ai commencé à me préparer en solitaire, à partir quelques jours en forêt et apprendre à bien vivre en autonomie. Cela a été la partie la plus compliquée parce que j’étais novice là-dedans il y a un an et demi.

J’ai réussi à devenir plutôt expert dans le domaine, en tout cas pour pouvoir partir 52 jours sans me soucier de ça. C’est le domaine de la survie : comment faire un feu, comment gérer son stock de nourriture… j’ai dû apprendre à faire tout ça et aussi comment gérer la solitude, se motiver tout seul, stimuler son mental quand il n’y a pas la famille autour. Je me suis volontairement mis en difficulté, j’ai fait des épreuves qui m’ont mis dans le dur et pas forcément que de la natation. Cela a été aussi du kayak, du cyclisme de l’escalade, ça m’a permis de grandir mentalement.
 

Depuis le 6 juin est-ce qu’il est facile de nager dans la Seine ?

C’est très difficile de nager dans la Seine surtout qu’au début il n’y a pas d’eau. J’ai dû marcher pendant à peu près 30 km avant de trouver de l’eau. Ce qui m’a beaucoup freiné aussi ce sont les arbres. Ici, il y a une maladie des frênes, beaucoup tombent à l’eau et comme au début la Seine n’est pas assez large, il faut que je passe au-dessus. J’ai dû passer beaucoup d’arbres avec mon kayak qui pèse 120 kg. Cela a été très difficile physiquement, d’autant plus que l’eau est à 12 degrés au départ. Là, elle se réchauffe progressivement donc ça devient un peu plus facile mais voilà, j’ai eu plein d’embûches, ce qui m’a mis un peu en retard.

Pour le poids du kayak, je pensais 60 kg au début, après on a rajouté la nourriture et s’est passé à 90, et en fait on a oublié plein de petits détails et c’est passé à 120 kg.

 

Comment vous nagez avec le kayak ?

Je nage complètement dans l’eau, j’ai une ceinture à ma taille qui est reliée par une corde au kayak et je le tire comme ça. Ce n’est pas très grave, il me suit plutôt bien. Cela me ralentit un peu mais pas énormément, c’est quand il est sur terre et que je dois passer des obstacles que c’est beaucoup plus difficile.

Arthur Germain à Troyes le 16 juin 2021

© Clément Meunier/France Télévisions

 

La nuit c’est bivouac ou repos chez l’habitant ?

Je ne dors qu’en bivouac et surtout j’ai encore toute ma nourriture avec moi, c’est pour ça que je parlais des stocks à gérer. J’ai avec moi les 52 jours de nourriture, je dois bien les utiliser.

Le problème, c’est qu’il faut prévenir 340 communes par où je passe et 13 préfectures qu’il faut convaincre. Là, ça a été un enfer, surtout que le sujet de la baignade en Seine est assez tabou.

Arthur Germain

 

Est-ce qu’il y a une préparation administrative ?

Bien sûr ! Autant la préparation physique et mentale je connaissais parce que j’ai fait des défis mais la préparation administrative, ça a été le plus dur pour moi. Je suis parti de zéro, je ne connaissais rien du tout à tout ça et je suis presque arrivé en expert, parce que ça a été tellement long et fastidieux que j’ai fini par y arriver tant bien que mal. Honnêtement, j’ai mis du temps, ça a été beaucoup de paperasse. Le plus long, ça a été de savoir à qui envoyer les dossiers, parce que les dossiers, on les avait assez rapidement montés.

Le problème, c’est qu’il faut prévenir 340 communes par où je passe et 13 préfectures qu’il faut convaincre. Là, ça a été un enfer, surtout que le sujet de la baignade en Seine est assez tabou. Ce sont des promesses de campagne de Chirac, etc. mais en réalité aujourd’hui la Seine est plutôt vue comme un fleuve où on déverse ses déchets et on fait passer des marchandises via des péniches. Cela a été difficile de changer un peu les mentalités et aujourd’hui, on y est arrivé.

Je serai à @VilledeTroyes dans une demi heure ! ? #laseinealanage pic.twitter.com/mp2VpullVx

— Arthur Germain (@ArthurG_H) June 16, 2021

 

Tout est réglé au niveau administratif ?

Pour l’instant, tout n’est pas bon, il reste encore la Normandie. Paris c’est bon, c’était le plus dur, dans l’Eure aussi… Mais on a fait le plus dur, c’était Paris.
 

Sans passe-droit à Paris, vu que vous êtes le fils d’Anne Hidalgo ?

Paris a été le plus dur à obtenir paradoxalement (rires). Tout seul, je n’aurais pas réussi, c’était quasiment mission impossible, je parle bien de l’administration. J’ai eu l’aide de Mathieu Witvoet qui a fait le projet “Zéro mégot” et qui nageait aussi dans la Seine à Paris pour son projet. Il a fini, il est parti une semaine avant moi et il est arrivé au moment de mon départ. A deux, on a réussi à faire bouger les lignes. Sans lui, il y avait l’étiquette de “fils de” entre guillemets qui gênait, mais la préfecture ne peut pas se permettre non plus de ne pas examiner le dossier.
 

Quel est l’objectif de ce parcours de 52 jours ?

De sensibiliser la protection du fleuve et surtout montrer qu’il y a un lien. On a tous un impact, que ce soit les gens qui habitent dans des fermes à la source, les gens qui habitent dans les villes ou des gens qui habitent à l’estuaire du Havre. L’idée, c’est de montrer comment on peut remédier à la pollution. C’est d’aller au contact des gens et de leur montrer qu’un fleuve, ça part d’une source et ça arrive dans la mer. Quand ça arrive dans la mer avec des déchets, des pesticides, ça va polluer tout l’écosystème. Aujourd’hui, on sait qu’il y a beaucoup de problèmes avec le réchauffement climatique, la surpêche… C’est beaucoup lié à ce qu’on jette nous au bord des fleuves et on n’en a pas conscience parce que ça paraît trop lointain.

C’est là où le défi a un intérêt, j’essaie d’être dans le positif, de ne pas brusquer les gens en leur disant vous faîtes quelque chose de pas bien. Non, c’est simplement de leur dire ok, regardez quel impact vous pouvez avoir, regardez comment on peut changer les choses. Au fur à mesure que j’avance, je raconte, je rencontre tous les acteurs de la Seine, que ce soit les riverains, les viticulteurs, les agriculteurs, les éleveurs, les maires. En faisant ce travail-là, je connecte plus au moins tous ces acteurs et c’est super intéressant.
 

Est-ce que c’est possible de traverser Paris la nage d’un point de vue santé ?

C’est possible si on se prépare bien. Il y a beaucoup d’imaginaire dans ce qu’on a comme vision de la Seine. On s’imagine que c’est Tchernobyl, que si on met un doigt de pied dedans on va mourir. A Paris, elle n’est pas beaucoup plus polluée que là où je suis actuellement. Il faut aussi savoir que si on est en bonne santé, si on mange bien, ça ira. C’est aussi l’idée de mon défi, c’est de montrer quel mode de vie il faut avoir pour nager dans la Seine. Je mange bio, je fais attention à mon mode de vie, je ne vais pas au McDo, ce ne sont pas des trucs de fou, j’ai une immunité qui est très bonne. J’ai déjà nagé plein de fois dans la Seine et je vais très bien.

 

Est-ce que votre passage dans la Seine apporterait du crédit à la volonté d’Anne Hidalgo et de la mairie de Paris de nager pour Paris 2024 ?

Bien sûr et surtout, le combat administratif, on s’est rendu compte qu’on était très très très loin d’avoir quelque chose qui nous amène à la baignade en Seine. Il fallait changer les mentalités au niveau des préfectures. Le combat qu’on a mené avec Mathieu Witvoet a permis justement de changer ça. Pour permettre la baignade pour les JO, mais surtout pour que, dans 5 ans, on puisse tous aller dans la Seine et que Paris Plages ne soit plus seulement en bord de Seine, mais aussi dedans.

Donc votre aventure concourt à prouver que cela est possible ?

Bien sûr, c’est aussi l’objectif. Il faut que cela contribue à accélérer l’assainissement de l’eau. Aujourd’hui, le problème à Paris, c’est qu’il y a 35.000 logements qui ne sont pas reliés au tout-à-l’égout. La politique actuelle, c’est de brancher tout le monde au tout-à-l’égout, de faire des énormes travaux. Je trouve que c’est beaucoup d’argent dépensé pour pas grand-chose et qu’aujourd’hui on a plus intérêt à se tourner vers d’autres types de technologie.

J’aimerais aussi montrer aux gens que ce n’est pas contraignant d’avoir un mode de vie écolo

Arthur Germain

Par exemple, les toilettes sèches, je sais que c’est un peu tabou de parler de ça. Si ces 35.000 logements demain passent en toilettes sèches, on n’aura pas besoin de dépenser 300 millions d’euros pour faire ce réseau d’assainissement de l’eau et, avec cet argent, on pourra créer des jardins, des potagers qui utilisent justement les fumiers qu’on crée avec les toilettes sèches. Ce sont des idées comme ça qui bloquent aujourd’hui les gens. Il faut porter des idées innovantes comme les potagers. C’est aussi un combat idéologique qui se joue avec les maires etc.
 

Après cette expérience, qu’est-ce qui va rester ?

Tous les jours, je rencontre quelqu’un qui m’apprend énormément de choses. Je me dis que, dans 52 jours, j’aurais encore plus de personnes qui m’auront parlé des enjeux écologiques de la Seine. Cela va beaucoup m’apporter, ça me donnera du crédit dans ce que je dis. Mon objectif, c’est de créer une association après mon défi qui aura pour but de continuer à porter mon message. Je veux aussi permettre aux gens de se reconnecter avec la nature. Cela serait l’idée d’amener les gens dans la nature, de découvrir ce qu’on a à protéger au fond, c’est ça qui pourrait être intéressant.

J’aimerais aussi montrer aux gens que ce n’est pas contraignant d’avoir un mode de vie écolo, de vivre avec des toilettes sèches, de la récupération d’eau de pluie, peu d’électricité, de vivre peut-être même sans frigo, c’est un peu extrême mais c’est pour montrer que l’écologie, ce n’est pas punitif.

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