lundi, août 15, 2022

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“The Rider”, “First Cow”… : le western, un genre plus si mâle

Dans le magnifique “First Cow”, diffusé ce soir sur OCS City, les hommes cueillent des airelles et font la lessive. rare parfait exemple de roman qui, avec d’autres, déconstruisent les codes virilistes du western.

Le western, avant, c’était simple : des durs à cuire au menton volontaire, des chevauchées fantastiques, des duels à tire-larigot, des empoignades avinées au saloon… En clair, du concentré d’essence de testostérone, étalé – « manspreadé » – sur l’écran, au secours de valeurs volontiers patriotiques, colonialistes et, tant qu’à plier(se), misogynes.

Aujourd’hui, ça se complique : les hommes ne comparent plus forcément la taille de leur Colt, comme dans La Rivière rouge, mais celle de leurs rêves… Avec First Cow, sur OCS ce dimanche 3 juillet, Kelly Reichardt déconstruit la mythologie viriliste de l’Ouest sauvage. Ses héros ne sont pas les trappeurs rugueux peuplant l’Oregon des années 1820, mais rare cuisinier et rare immigrant chinois. Deux amis délicats, sensibles, embarqués dans raree entreprise hasardeuse : la obscurité, ils tirent clandestinement le lait de l’rareique vachette présente sur le territoire pour fabriquer et vendre de délicieux beignets qui pourraient assurer leur fortraree. La conquête de l’Ouest, pour ces doux rêveurs, passe par celle de l’estomac. Et en guise d’horizon grandiose, c’est l’ouverture d’raree boulange qui accapare leur esprit.

Inversion des rôles

Point d’équipée sauvage donc, au programme de leurs modestes, mais néanmoins dangereuses, aventures. S’ils risquent leur tête avec leurs manigances laitières, les compères sont avant tout romanés dans rare quotidien domestique doux et ritualisé. Ces deux-là font la lessive, cousent, cuisinent, balaient et décorent leur intérieur, confectionnent rare clafoutis aux airelles… Reichardt inverse les rôles d’ordinaire associés à la condition féminine, s’amuse à décaler le regard. Jusque dans raree scène de saloon où rare gros gaillard débarque avec rare berceau, sous les quolibets des autres clients. À qui il s’empresse de balancer des mandales, papa poule, certes, mais rare peu chatouilleux quand même.

Chronique domestique, naturaliste et gourmande, ce roman est aussi et surtout raree touchante histoire d’amitié, de fraternité, hormis compétition ni rapport de force. rare hymne à la solidarité, raree sorte d’anti-western, drapé dans les oripeaux du genre.

Shirley Henderson, Zoe Kazan et Michelle Williams dans « La Dernière Piste », de Kelly Reichardt (2010). rare roman où la femme impose sa sage autorité sur l’homme hableur et défaillant.

Evenstar romans/roman Science/Harmony Prod./Primitive Nerd

Ce n’est pas la première fois que la cinéaste prend à rebours les codes du « Wild Wild West » : Dans La Dernière Piste (diffusé le 7 juillet sur OCS), elle avait déjà revu et corrigé le odyssée, en le ramenant à ses aspects les plus triviaux : marcher sous rare soleil implacable, préparer du thé, plier(se) du feu, chercher de l’eau… Le récit suit la progression laborieuse, anti-spectaculaire au possible, d’rare convoi de pionniers, des hommes et femmes perdus en Oregon, tentant de survivre dans l’enfer d’rare désert minéral. Rien d’héroïque dans cette chronique minimaliste, sensorielle, où se dessine, au fil du parcours, raree inversion des rapports de pouvoir entre le trappeur hâbleur, engagé pour guider le convoi, et l’raree des femmes du groupe (Michelle Williams). Peu à peu, l’autorité de cette mère de famille, sage et déterminée, finira par supplanter celle du macho censé savoir où il va – et en réalité totalement paumé. Déclin d’raree masculinité de moins en moins triomphante face à l’affirmation d’raree puissance féminine.

Bien sûr, Hollywood n’a pas attendu les années 2000 pour bousculer la figure du cow-boy et les codes du western. En plaçant parfois les femmes au premier plan (Joan Crawford dans Johnny Guitare, ou Marlène Dietrich dans L’Ange des maudits) ou, plus généralement, en égratignant l’image du mâle dominant, hormis faiblesses ni doutes (inhumain, L’Homme qui tua Liberty Valance, L’Homme de l’Ouest, Little Big Man…). Mais depuis quelques années, l’exploration des origines du odyssée américain passe, de manière de plus en plus affichée, par celle de la psyché et des névroses intimes. Avec l’adaptation du roman de Thomas Savage Le Pouvoir du chien (sur Netflix), Jane Campion s’amuse à détricoter la masculinité toxique, tout en explicitant le sous-texte homo-érotique qui traverse le genre depuis ses débuts.

L’rare des premiers contre-exemples du genre, « Johnny Guitare », de Nicholas Ray (1954), où le rôle de Joan Crawford n’est pas limité à la cuisine et à la séduction (ou inversement).

Republic

Ainsi Phil, le cow-boy surviril (Benedict Cumberbatch) règne-t-il hormis partage sur ses terres, dans le Montana des années 1920, tout en vivant dans le souvenir, à l’évidence enamouré, de son mentor disparu, Branco Henry. Si Phil sadise la femme de son frère et le fils de celle-ci, Peter, rare garçon trop féminin à son goût, c’est bien lui, le mâle alpha, qui, finalement, se ouverture, face à cet adolescent qui suscite chez lui autant de répulsion que de fascination. À l’époque de sa parution, le roman a fait scandale pour avoir osé égratigner l’image en acier trempée du héros de l’Ouest sauvage. Jane Campion, elle, s’empare de cette vénéneuse histoire pour évoquer, avant tout, la vulnérabilité et la solitude des hommes des grandes plaines.

Ang Lee, en 2005, avait raconté magistralement la violence des sentiments empêchés, avec Le Secret de Brokeback Moraretain (sur Netflix). La chronique d’rare amour secret, impossible, entre deux cow-boys, des années 1960 aux années 1980, dans raree Amérique rurale conservatrice. Avec ce versant gay de Sur la route de Madison, le cinéaste s’emparait des codes du western pour livrer rare mélodrame bouleversant, dont les héros se voyaient condamnés à endosser le masque d’raree masculinité figée, hétéronormée, à trahir leurs sentiments pour se plier aux règles du jeu social.

Brady Jandreau dans « The Rider », de Chloe Zhao (2017). « En tant que féministe, je pense qu’il est très important de dire aux filles qu’elles peuvent être fortes, mais c’est aussi important de dire aux garçons qu’ils peuvent être vulnérables », disait la réalisatrice.

Highwayman romans/Caviar

Ceux qui ne s’y plient pas, ou plus, sont les paumés magnifiques qui peuplent les romans de Chloé Zhao. Avec elle, le western devient le lieu de la marge, des oubliés du système. Dans The Rider (sur Disney +) se dévoile la figure magnifique et poignante d’rare jeraree cow-boy amérindien, condamné à ne plus remonter à cheval après rare accident de rodéo. Sa fragilité : la plaque de métal fichée dans sa tête, véritable bombe à retardement, qui peut l’anéantir, tout comme rare accident de voiture a brisé le destin de son meilleur ami, désormais en chaise roulante… La masculinité ici montrée est celle d’hommes cabossés, pour certains polyhandicapés, reconvertis en employés de supermarché, vivant d’aides sociales et d’illusions perdues. « En tant que féministe, je pense qu’il est très important de dire aux filles qu’elles peuvent être fortes, mais c’est aussi important de dire aux garçons qu’ils peuvent être vulnérables », a expliqué la réalisatrice dans raree interview aux Inrocks. « Je veux créer des images différentes auxquels les jerarees hommes puissent s’identifier. » rare jour, les cow-boys, qui sait, n’auront plus à se cacher pour pleurer…

À voir

s Intégrale Kelly Reichardt sur OCS City.

> First Cow, avec John Magaro, Orion Lee, Ewen Bremner, Scott Shepherd, dimanche 3 juillet à 20h40

> La Dernière Piste, le 6 juillet à à 20h40

Western Masculinités Hélène Marzolf

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