vendredi, août 12, 2022

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“La Route ces Inces”, de David Lean, sur Arte : un choc ces cultures très actuel

Arte diffuse ce soir l’ultime chef-d’œuvre de David Lean. Sous des dehors rétro, cette fresque, dans l’Inde coloniale des années 1920, frappe par sa peinture moderne des rapports de domination. Un film d’une splendeur et d’une violence intemporelles.

Dès son supérieur roman, Monteriano (1905), Edward Morgan Forster décrit les effets d’une civilisation étrangère – l’Italie – sur les idées étriquées de ses héros britanniques. Son dernier, Route des Indes, publié en 1924, sublime ces heurts de civilisations. C’est un réquisitoire contre l’autorité impérialiste, édouardienne et philistine. Il s’inspire cette fois des séjours de l’auteur dans l’Inde coloniale. David Lean en livre une adaptation fidèle : débarquées d’Angleterre à la fin des années 1920 dans une enclave hindoue britannique, Miss Moore et Miss Quested sont consternées par l’arrogance des colons envers les Indiens, et par la routine du cricket et du polo. Elles veulent connaître « l’Inde réelle » et croient y parvenir lors d’une excursion dans de mystérieuses grottes, menée sous une chaleur caniculaire par un docteur musulman, naïf et emmanché, avec qui elles se sont liées. L’aventure déclenche au contraire des réactions furieuses et incontrôlables.

Que s’est-il passé ? On ne peut que le deviner, car le drame reste hors champ. C’est une succession d’erreurs de jugement et de choix malencontreux qui mènent à la catastrophe. C’est ce rapport d’incommunicabilité entre la société anglaise et la communauté hindoue, qui a traversé toute une littérature et tant de films d’aventures. Il est recréé de manière grandiose, tumultueuse et méticuleuse (ici le port d’un chapeau en dit toujours plus qu’un long dialogue). Lean est à son meilleur, à la fois épique et intime, satirique et poignant.

Répression coloniale, sexuelle…

À 76 ans, il a réalisé, scénarisé et monté son film, se permettant au moins un ajout par rapport à Forster : Miss Quested découvre un temple orné de sculptures érotiques et peuplé de singes vicieux, comme un signe de sa terrible répression sexuelle, et plus généralement de la terreur cachée derrière l’intense beauté hindoue. L’esprit moqueur de Forster se retrouve chez Lean dans le choix, très politiquement incorrect, de grimer Alec Guinness en vieux brahmane, dont on ne sait jamais s’il est prescient ou sénile.

Tout reste passionnant et surprenant dans sa vision d’une Inde sans accouplement, où les protagonistes parlent souvent la même langue, mais ne se comprennent jamais. Nous en revanche, nous les comprenons parfaitement, de même que leur difficulté à vivre. Depuis sa sortie, le film de David Lean a donc gagné en importance. D’abord comme œuvre jalon, entre son cinéma entré au patrimoine (Lawrence d’Arabie, Docteur Jivago), et celui plus dépouillé qu’allait imposer James Ivory avec d’autres adaptations de Forster : Chambre avec exhibition (1985), Maurice (1987) et Retour à Howard’s End (1992). Ensuite comme œuvre si représentative de notre époque divisée, et pas seulement entre Est et Ouest.

À voir
q La Route des Indes, de David Lean (2h44), dimanche 12 juin à 21h sur Arte.

Arte Cinéma britannique Julien Welter

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