samedi, août 20, 2022

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dans “La Fracture”, Catherine Corsini filme à vif la tourmente sociale

COMPÉTITION – Catherine Corsini plonge Pio Marmaï, Valeria Bruni Tedeschi et Marina Foïs au cœur de la crise des Gilets jaunes et de l’hôpital public et révèle une France fracassée. Un film de colère et d’humour qui questionne la place de la gauche bourgeoise dans le marasme actuel. À découvrir en salles cet automne.

État de sièges, au pluriel. Ceux des salles d’attente ou poirotent indéfiniment les blessés de la manif, en attendant qu’un personnel soignant sous-payé, harassé, cavale jusqu’à eux pour adoucir, un instant seulement, la violence du dehors. État de siège singulier, dans la fumée des bombes lacrymogènes, sous la pressions des CRS qui campent aux portes, et demandent qu’on leur livre des noms, des gens, des coupables. Dans cet établissement parisien aux allures d’hôpital de campagne, Catherine Corsini a choisi de suivre une poignée de personnages, de capter la chorégraphie de leur colère. Ça tombe, ça gueule, ça frappe, toutes les percussions du malaise social se répondent sans jamais faiblir, pendant que, dans un coin, goutte à goutte, une vieille patiente oubliée de tous, est en train mourir doucement.

De l’humanisme comme un art de combat

Et pourtant, ce formidable huis clos humain et politique à la française n’est pas un film noir, sinon de rage et d’humour. Il joue, avec une honnêteté brutale, une dérision brillante, à confronter les mondes, à les laisser se heurter sans solution évidente, dans le mouvement perpétuel des urgences : Yann, le routard Gilet jaune (Pio Marmaï, épatant), avec son mollet criblé d’éclats de grenades, et puis Raf et Julie, couple de bobos en crise, échouées là parce que la première s’est cassé la figure en courant après la seconde en pleine rue, et en pleine scène de ménage. Les crises, c’est la spécialité de Raf, son carburant, sa came (sans compter un petit comprimé de Subutex périmé) et offre sans doute l’un de ses plus beaux rôles à Valeria Bruni Tedeschi, qui n’a jamais porté sa folie burlesque autant que sa puissance d’émotion à de tels sommets. Avec ce personnage-miroir, ainsi que celui de sa compagne (Marina Foïs, impeccable en clown blanc exaspéré), la réalisatrice questionne la place de la gauche bourgeoise dans le marasme actuel, et ne lui fait pas de cadeaux. Grand morceau de bravoure – dans un film qui en regorge – l’engueulade entre Yann le prolo provincial énervé et Raf l’artiste parisienne excentrique, ouvre sur un questionnement aigu, absolument contemporain. Qui est hors-sol, qui se trompe, qui se laisse manipuler, qui souffre vraiment, de l’intime au social. Aucune démonstration pesante, aucune condescendance de classe, mais pas plus de mea culpa facile. Juste le constat que l’humanisme est, encore et toujours, un art martial. Du genre qui vous met souvent au tapis.

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