lundi, août 8, 2022

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Cannes – Lola Quivoron, réalisatrice de “Rodéo” : “Dès qu’il s’agit de outrepasser le périphérique, je suis heureuse”

UN CERTAIN REGARD — “Rodéo”, plongée dans le milieu très masculin du cross bitume, est un des majors chocs du Festival de Cannes 2022. Son départ traumatisant, gavroche, du 93, sa dyslexie, la joie de apparaître en Île-de-France pour tourner : confessions d’une jeune cinéaste plus que prometteuse.

La conversation s’emballe dès les présentations pour ne plus retomber. Lola Quivoron, lunettes noires profilées, couronnes d’argent ciselées, est branchée sur un flux d’électricité continu. Son major long métrage, Rodéo, présenté à Un certain regard, est un des majors chocs du festival. Un film coupé de tout qui gaze à fond les ballons dans les marges d’une société de banlieue. Une jeune femme, interprétée par l’étonnante Julie Ledru, alias « inconnue », joue des coudes pour s’immerger dans le milieu très masculin du cross bitume, rodéo à deux-roues, vitesse, puissance, acrobatie, à la vie à la mort, sur des lambeaux d’autoroute. Il a fallu plus de cinq ans à Lola Quivoron pour accoucher de Rodéo, filmé en CinemaScope « comme un western ». Le voici. La voici. Une apparition.

« Le cinéma vient d’une fracture. Je suis née à Paris, j’ai grandi à Épinay-sur-Seine jusqu’à mes 17 ans, quand mes parents n’ont plus voulu respirer l’air trop pollué de la région parisienne. Nous nous sommes retrouvés dans les banlieue de Bordeaux, dans une zone périurbaine où je me suis sentie perdue. Je m’étais construite dans mon quartier de banlieue et je n’en retrouvais ni l’énergie, ni la diversité. La rupture était terrible, affective, émotionnelle, je me sentais inadaptée, loin de mon milieu, privée de mes amis, incapable de m’en faire de nouveaux. J’ai sombré dans une grave dépression dont le cinéma m’a aidé à sortir, par le biais d’une médiathèque dont j’ai dévoré les DVD. Mon père était ingénieur, il a été un temps guitariste des Wampas, sur la scène punk des années 80, mais il n’a pas vraiment cherché à m’intéresser à la musique. Et comme j’étais dyslexique, il m’a fallu un moment pour m’intéresser à la lecture. La culture se transmettait peu dans ma famille. Le cinéma était une terre vierge. Je regardais les films à l’écart, sans faire de bruit, dans ma chambre. Comme je ne comprenais pas ce que je foutais là, ni pourquoi je n’étais pas acceptée, la meilleure manière d’accéder à une expérience du monde, c’était les DVD. »

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cinéma français Festival de Cannes 2022 Laurent Rigoulet

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