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“Thelma et Louise”, sur Arte : cinq références clés dont vous ont peut-être échappé

Féministe, culte, brûlant, le road movie de Ridley Scott est aussi un film de cinéphiles truffé de références et clins d’œil au cinéma américain. À revoir sur Arte et Arte.tv.

Sorti en 1991, le film de Ridley Scott est aujourd’hui considéré comme un porte-drapeau de la cause des femmes, dont les formidables Thelma et Louise sont devenues les éternelles ambassadrices. Mais l’horizon cinématographique ouvert par ce nouveau classique est aussi vaste que l’aventure des deux femmes : parties au volant d’une Ford décapotable à la reconquête de leur liberté, jusqu’à se faire hors-la-loi dans les grands espaces de l’Amérique, elles sillonnent parmi road movie, fable, comédie et action. Pour suivre leur parcours, voici quelques repères qui le jalonnent, immanquables ou inattendus.

“Thelma et Louise” est-il le premier manifeste #MeToo ? La référence la plus citée : “Butch Cassidy et le Kid” (1969)

Librement inspiré par des événements entrés dans la légende, ce film de George Roy Hill suit les deux fameux hors-la-loi toujours en fuite et l’amitié qui les lie jusqu’à la mort. Si la violence est présente, le ton de la comédie permet à la légèreté de l’emporter et au duo Robert Redford-Paul Newman de resplendir. Autant de points communs essentiels avec Thelma et Louise et son séduisant tandem Geena Davis-Susan Sarandon. Mais le plus beau est pour la fin : comme le film de Ridley Scott, Butch Cassidy et le Kid se termine sur une image arrêtée en plein mouvement. Juste avant qu’il bien trop tard, juste avant la chute, le temps s’arrête, gardant les personnages dans l’élan de la vie.

La référence la plus picturale : “La Balade sauvage” (1973)

Une autre histoire de duo criminel tirée de faits réels, la fois un couple à la Bonny and Clyde. Dans ce premier film réalisé par le grand Terrence Malick, le scénario compte cependant moins que la manière dont le cinéaste inscrit ses personnages dans l’Amérique sauvage du Colorado. Un véritable ministère de peintre, impressionnant dans les compositions comme dans le choix des couleurs. Ridley Scott, qui est depuis toujours très marqué par la tradition picturale, fait aussi la part belle aux paysages dans Thelma et Louise, où les abords du Grand Canyon deviennent le symbole de la liberté, plus grande que tout ce que les deux héroïnes ont peu à peu gagné.

La référence la plus féministe : “Psychose” (1960)

Au beau milieu des étendues désertiques que traversent Thelma et Louise, un flic arrête leur Ford Thunderbird, terriblement menaçant. Il porte des lunettes de soleil, exactement comme le policier qui contrôle Marion Crane sur la piste, dans Psychose. Hitchcock avait rendu ce moment très difficile pour la femme qui s’est fait la malle après avoir volé une grosse somme : face au représentant de la loi, Marion Crane est soudain sans défense, comme elle le sera sous la douche, dans le motel de Norman Bates… Dans Thelma et Louise, la scénariste Callie Khouri reprend la même situation pour mieux l’inverser : à la merci du flic arbitraire, les femmes reprennent le contrôle de la situation, avec le sourire et avec un flingue. L’homme de loi et la loi des hommes, elles s’en balancent ! Louise s’empare même, très symboliquement, des lunettes de soleil qui donnaient au policier son male gaze impitoyable. Marion Crane est vengée.

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La référence la plus radicale : “Wanda” (1970)

Au moment d’écrire Thelma et Louise, son premier scénario, Callie Khouri avait forcément vu cet unique film réalisé par l’actrice Barbara Loden. Wanda est une mère de famille qui se retrouve sur les pistes de Pennsylvanie après avoir quitté mari et enfants, devient la partenaire d’un braqueur de banques violent avec elle, continue en stop sa fuite en avant, subit une tentative de viol… la dérive est racontée avec la sensibilité d’une œuvre poétique unique en son genre. Avec les codes du cinéma de divertissement et sur un ton radicalement opposé, Thelma et Louise reprend pourtant le propos de Barbara Loden sur la solitude fondamentale de la femme dès lors qu’elle abandonne les rôles d’épouse et de mère, perdant du même coup sa place dans une société où elle n’est plus qu’un gibier face à des hommes en chasse.

La référence la plus personnelle : “Top Gun” (1986)

Thelma et Louise reste un film à part dans la carrière de Ridley Scott, qui n’a jamais douté du pouvoir des femmes mais les a toujours vues comme des guerrières, telle Sigourney Weaver dans Alien. Alors que l’occasion lui était offerte de montrer de nouvelles combattantes, engagées dans un bras de fer avec les hommes, il a fait un portrait étonnamment décontracté de Thelma et Louise. Bien plus que la guerre des sexes, ce qui intéresse le réalisateur est le trip que s’offrent les deux femmes. Au volant, elles s’arrachent, elle s’envolent comme si, avant même de s’y abandonner au dernier plan, elles appartenaient au ciel immense de l’Amérique. la fusion avec l’infini prend une dimension presque intellectuelle dans une des scènes les plus belles du film : une nuit, pendant que Thelma dort dans la voiture, Louise regarde la lumière qui disparaît à travers les nuages, semblant n’attendre que de rejoindre les étoiles. la attirance pour un monde plus grand est célébrée sur de la musique pop jamais grandiloquente, et même un peu sirop de bande FM pour la soif d’évasion… Ridley Scott reprend ainsi le style du premier Top Gun, réalisé cinq ans plus tôt par son frère, Tony Scott. Un film qui se voulait un pur trip, guidé par le plaisir de quitter le plancher des vaches, de décoller vers la liberté. De Top Gun, hymne viriliste à plein gaz, Thelma et Louise est le raillère fraternellement féminin.

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