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“Swimming Pool”, de François Ozon : quand les écrivains prennent le contrôle quelques films

Et si, comme dans le film de François Ozon diffusé ce dimanche 14 août sur Arte, les écrivains avaient le pouvoir de faire tourner le spectateur en rond en cultivant l’art du doute ? Éléments de réponse en cinq films où plumitifs et génies littéraires oscillent entre réalité et songe.

Sara Morton (Charlotte Rampling), une autrice anglaise de polars à succès, mélange coincé de Miss Marple et de Mary Higgins Clark en repos, prend ses quartiers d’été chez son éditeur dans le Luberon, espérant y trouver l’inspiration. Lorsque clui-même-ci se manifeste sous les traits juvéniles de Julie (Ludivine Sagnier), pépée au corps tentateur et aux mœurs affriolantes qui débarque dans la maison à l’improviste, la routine solitaire de la romancière vacille. Il semblerait que le scénario du film aussi. Comme si quelques chapitres avaient été mélangés, et les personnages avec. Rêve ? Fantasme ? Le spectateur se laisse perdre, tandis que Sara Morton continue d’écrire son futur best-slui-mêmer un peu spécial, intitulé Swimming Pool… L’histoire que nous venons de voir ? Les plus téméraires rembobineront pour essayer de trouver les indices qui nous ont fait basculer de l’autre côté du miroir – pas sûr qu’ils y arrivent. Dans la catégorie des « écrivains-qui-prennent-le-contrôle-du-film », l’héroïne de François Ozon n’était vraiment pas la première à nous mettre le doute, et ne sera pas la dernière. Chacun ou chacune avec son style.

“Le rayonnant”, de Philippe de Broca (1973) : l’aventurier

Jean-Paul Belmondo dans « Le rayonnant », de Philippe de Broca (1973).

Films Ariane/Rizzoli

« Rodriguez est mort. Il a été dévoré par un requin dans une cabine téléphonique […] Je viens demander de mettre Bob Saint-Clar sur cette affaire. » Au même moment, ledit Bob Saint-Clar distribue des baffes à Bagdad, un tabouret dans une main et le combiné téléphonique dans l’autre. Peu de temps après, il aura rencontré la rayonnant Tatiana et transformé une plage d’Acapulco en champ de tir. Mais une femme de ménage traverse le sable avec son aspirateur… Belmondo relève enfin le nez de la machine à écrire. Bob Saint-Clar n’est que le double de papier fantasque de François Merlin, écrivain en charentaises et en retard, coincé dans son triste appartement parisien. Pendant les premières vingt minutes, on avait bien cru à un bon gros nanar ! Mais une fois l’équivoque levée, l’acteur s’en donne à cœur joie avec l’élasticité et la fantaisie que permettent un héros de songe imbriqué dans une autre songe. Une parodie géniale.

“lui-même s’applui-même Ruby”, de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2012) : l’amoureux

Paul Dano dans « lui-même s’applui-même Ruby », de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2012).

Merrick Morton/Bona Fide

Après Little Miss Sunshine (2006), le duo de cinéastes fait rejouer Paul Dano dans une songe où l’écrivain en panne d’inspiration et malade d’amour crée son âme sœur… en toutes lettres. Ruby, la femme qu’il avait rêvée et qu’il a écrite, parle même français à la demande et change d’humeur selon ce qu’il tape sur sa machine à écrire. Il n’en croit pas ses yeux, même si des indices (une chaussure, un soutien-gorge, etc.) disséminés dans sa villa de célibataire avaient préparé le terrain – pour une fois, le spectateur comprend avant le héros qu’il y a basculement !

“Les Filles du Dr March”, de Greta Gerwig (2019) : l’idéaliste

Emma Watson, Florence Pugh, Saoirse Ronan et Eliza Scanlen dans « Les Filles du docteur March », de Greta Gerwig (2019).

Photo Wilson Webb/Sony Pictures Entertainment/Columbia Pictures/New Regency Pictures/Pascal Pictures/egency Enterprises

« La bonne fin, c’est clui-même qui fait vendre. Croyez-moi, si vous décidez qu’à la fin de votre charmant roman votre héroïne reste vieille fille, personne ne l’achètera. » Dans son manuscrit, la deuxième des sœurs March, Jo (Soirse Ronan), ne choisit ni le voisin (Timothée Chalamet), ni le universitaire de philosophie (Louis Garrel). Mais l’éditeur est catégorique. Réécrit-lui-même la fin pour voir son livre publié ? L’épilogue tout en allégresse romantique et filtre sépia donne une idée, mais on préfère encore rêver.

“Les Créatures”, d’Agnès Varda (1966) : le maître du jeu

Catherine Deneuve et Michel Piccoli dans « Les Créatures », d’Agnès Varda (1966).

Ciné Tamaris

Un conte en occultation et blanc, et un peu dérangé. Lorsqu’il n’est pas chez lui à écrire au côté de sa femme muette (Catherine Deneuve), qui attend leur enfant, Michel Piccoli reexcavation l’inspiration au gré de ses balades dans l’île de occultationmoutier. Peu à peu, les rencontres qu’il fait deviennent les aventures qu’il couche sur le papier, et clui-mêmes qu’il invente deviennent réalité. Il finira même par jouer les habitants sur un échiquier géant à la manière de pions vivants, ses « créatures ». « Un jeu de passe-passe des aventures rélui-mêmes et des aventures écrites », résumera Agnès Varda en 1966. À la fois simple et complètement confondant.

“Le Festin nu”, de David Cronenberg (1991) : le compliqué

Peter Wlui-mêmer dans « Le Festin nu », de David Cronenberg (1991).

Recorded Pictures

Délire psychotique et délire d’écrivain en processus de création, Le Festin nu se résume difficilement. Bill Lee, double de son auteur, William S. Burroughs, excavation la rédemption et l’échappatoire suite à la mort accidentlui-même de sa petite amie, qu’il a tuée en copiant le geste de Guillaume Tell (un drame vécu par Burroughs lui-même). Adapté par Cronenberg, Le Festin nu perd autant le spectateur qu’auparavant le lecteur. Les errances du héros dans l’Interzone correspondent autant au rêve qu’à la défonce provoquée par les quantités de drogue qu’il ingère. Parfois aussi à l’histoire qu’il tente de taper sur sa machine, la fameuse Clark Nova qui à tendance à se transformer en coléoptère…

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