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Dans “Sacrifice paysan” sur Arte, des éleveurs “à bout” face à l’administration

Suspicion permanente, condamnations injustes… Une enquête sidérante diffusée sur Arte montre comment la “machine infernale” administrative broie les éleveurs, parfois jusqu’à la mort.

Pourquoi Jérôme Laronze, 37 ans, éleveur de bovins en Saône-et-Loire, a-t-il été froidement abattu par la gendarmerie le 20 mai 2017 ? Comment un paysan, syndicaliste, pouvait-il avoir choisi la cavale ? Autant d’interrogations soulevées par la journaliste Gabrielle Culand dans Sacrifice paysan, une enquête poignante et sidérante de deux ans, diffusée sur Arte. « Il ne s’agissait pas de revenir sur les circonstances de la mort mais de montrer la machine infernale qui a organisé à la mort », précise la documentariste, nullement spécialiste du monde agricole.

En fouillant les archives, épluchant les articles sur des sites alternatifs, interrogeant les journalistes locaux ou les différentes associations agricoles, elle découvre la situation ubuesque à laquelle est confrontée la grande majorité des éleveurs. Celle que Jérôme Laronze, personnalité attachante et idéaliste, consignait dans des carnets : « Il y fustige une machine administrative broyant les paysans et met en parallèle deux mondes qui se cognent et ne se comprennent pas », explique Gabrielle Culand. Pas simple de s’y retrouver d’ailleurs avec les dizaines d’acronymes définissant ces administrations qui supervisent le monde agricole. « Il m’a fallu du temps pour déchiffrer le combat de Jérôme », confie-t-elle.

Il suffit d’une erreur

Elle est donc allée sur le terrain pour essayer de comprendre. À commencer par ces contrôles interminables menés par de minutieux inspecteurs exigeant, au nom de la « traçabilité », une multitude de documents. Il suffit d’une erreur et les sanctions tombent, de la mise en demeure à la saisie du bétail. Le plus souvent, c’est la maltraitance animale qui est évoquée pour justifier la confiscation des troupeaux. Un délit pénal assorti de peine de prison et d’amende. « Ce terme de maltraitance est totalement impropre car il ne s’agit pas de dénoncer les sévices faits à un animal mais de souligner un taux de mortalité trop élevé dans l’élevage », explique la journaliste.

Une injustice à laquelle a été confronté Jérôme Laronze, subissant outre la saisie de son troupeau une amende de 10 000 euros et trois mois de prison avec sursis. Il avait choisi de établir arrêté de désobéissance civile et de ne plus répondre aux exigences quotidiennes des contrôleurs. « Comme tous les éleveurs, il accouchait ses vaches. Est-il réellement nécessaire qu’ils fournissent un test ADN à chaque naissance ? », interroge la journaliste.

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C’est cette suspicion permanente que dénoncent les paysans. « À force de nous traquer, ils ont réussi à nous mettre à bout », explique Philippe Vincent, un éleveur que Gabrielle Culand a rencontré lors de la saisie de son bétail. Il a préféré quitter les lieux à l’arrivée des gendarmes. « Il n’a pas voulu me parler, il tremblait. Le soir même, il a fait une crise cardiaque », raconte la réalisatrice.

Elle le retrouve quelques semaines plus tard. Résigné et lucide, il lâche : « Il n’y plus de place pour les petits paysans, aujourd’hui on veut des usines à viande. » Il a aussi écrit son « nouvelle de vaches » sur un drap tendu devant chez lui. Une façon pudique de freiner un silence trop longtemps contenu. Sur la façade de la ferme désormais vide de Jérôme Laronze, ses sœurs ont, elles, affiché un extrait de ses cahiers : « Dans l’ordre naturel des choses, le superflu ne commande pas au vital. »

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À voir
r Sacrifice paysan, mercredi 10 août à 22h50 sur Arte.

Agriculture élevage documentaire Arte Etienne Labrunie

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