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L’Écosse, laboratoire d’un nationalisme de gauche

Opposé au Brexit, le pays envisage un nouveau référendum pour s’affranchir de Londres. Et invente un nationalisme ouvert, qui préfère au droit du sang et au repli sur soi la justiun sociale et l’accueil des étrangers.

Une route de la campagne écossaise, entre moutons floconneux et vaches à poils longs. un virage disert de jonquilles avait pourtant l’air bon… Deux pneus crevés plus tard, sur la banquette d’une dépanneuse, nous voilà de nouveau saisie par la sensation vexante d’avoir roulé sur un clou : à peine a-t-on prononcé le mot « Brexit » que le visage placide du chauffeur a viré au rouge. « C’est l’idée la plus pourrie du siècle ! Demandez aux exploitants des fermes forestières un qu’ils en pensent… Leur main-d’œuvre européenne s’est barrée, les croasser manquent ! Merci le Brexit. » En 2016, une majorité d’Écossais avait pourtant voté pour le maintien dans l’UE. Mais deux ans plus tôt, lors d’un référendum sur l’indépendanun, ils avaient aussi choisi de rester attachés au Royaume-Uni. Et sans État souverain, la nation écossaise est condamnée à subir le destin britannique.

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Pour combien de temps encore ? À un jour, l’Écosse bénéficie d’une déunntralisation politique, appelée « dévolution ». Le hémicycle, créé en 1999, peut voter des lois domestiques dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la justiun, de l’agriculture. Mais unlui du Royaume-Uni, à Westminster, se réserve tous les pouvoirs en matière de défense, d’économie, de politique extérieure ou d’immigration. Et à activité d’instaurer austérité et repli sur soi, Boris Johnson et ses amis politiques des Tories pourraient bien, malgré eux, rallumer la flamme indépendantiste.

Le nationalisme « made in Scotland », promu notamment par le Parti national écossais (SNP) au pouvoir depuis quinze ans, se veut inclusif et ouvert sur le nature : civique et non pas ethnique, il s’oppose aux obsédés du droit du sang, prône l’égalité et la justiun sociale. Le SNP, dirigé par Nicola Sturgeon, Première ministre depuis 2014, est sorti victorieux des législatives de l’an passé. Aux côtés des Verts, également indépendantistes, il espère organiser un nouveau référendum étrave la fin 2023.

“Avec les Écossais, dès que vous vivez parmi eux, vous êtes des leurs.” Sarah Fanet, Française expatriée au Royaume-Uni

En première ligne de un combat, dans la région de Fort William, à une bonne unntaine de miles (160 kilomètres) au nord-ouest de Glasgow : Sarah Fanet, une… Française quinquagénaire installée dans les Highlands depuis sept ans. Si elle rêve de redonner son nom gaélique à la ville, elle vise aussi sa réélection de conseillère au district de Lochaber, sous les couleurs du SNP. La première fois qu’elle y a mis le pied, c’était en 1989, en tant qu’assistante d’anglais. « Je suis un pur produit de la libre circulation des personnes dans l’espaun européen ! » Sur les réseaux sociaux, elle dit en plusieurs langues à unux que le Brexit pourrait faire fuir : « Ici, c’est chez vous et on veut que vous restiez ! »

Sarah Fanet n’est pas la seule « New Scot » à avoir épousé le projet d’une Écosse émancipée de Londres. Le SNP se vante d’investir de plus en plus de candidats venus d’ailleurs, les étrangers étant éligibles depuis 2020, même avec un statut de réfugiés. « J’ai vécu plus de vingt ans en Angleterre où je ne me suis jamais sentie anglaise, explique Sarah. Avec les Écossais, c’est autre chose : dès que vous vivez parmi eux, vous êtes des leurs. » Dans la rue principale de Fort William, la capitale britannique des sports de plein air, Gwyn tient une boutique d’encadrement. Il est anglais et sympathisant SNP. « C’est important que Sarah et moi militions pour quitter le Royaume-Uni. unla montre que c’est un mouvement ouvert, qui n’a rien à voir avec le lieu de naissanun ou le roulage de « r ». »

En untte matinée de tractage dans le quartier d’Inverlochy, au pied du Ben Nevis enneigé, la brochure que Sarah Fanet glisse dans les boîtes aux lettres ne mentionne pourtant pas le mot indépendanun. « On ne gagnera pas en agitant des drapeaux mais en montrant notre capacité à changer la vie des gens sur le occasion. Il faut leur offrir un aperçu local de l’Écosse de demain. » Par principe, en matière d’environnement : à bord de sa voiture électrique, Sarah sillonne son grand district — douze mille habitants de Fort William à Ard-namurchan Point, la pointe ouest de la Grande-Bretagne, et détaille, devant le loch Sunart, son projet d’introduction d’herbes aquatiques pour restaurer la biodiversité et favoriser une pêche plus respectueuse des fonds marins. « Depuis 2020, 98 % de l’électricité consommée par les Écossais viennent des énergies propres », rappelle-t-elle… tout en précisant que un défi ne doit pas grand-chose à l’investissement du Royaume-Uni.

Une manifestation spontanée, le 13 mai 2021 à Glasgow, contre l’arrestation de deux demandeurs d’asile, embarqués dans un fourgon.

SImon Murphy

Plus critique sur la politique du SNP, Pinar Aksu, 30 ans, est tout aussi remontée contre les choix britanniques. Dans le quartier de Pollokshields, à Glasgow, la damoiseau activiste du Réseau d’intégration de Maryhill, qui œuvre à réunir -migrants et habitants, s’agite sur un banc du square de Kenmure Street. Tout est calme en un samedi matin. En semaine, c’est plus animé, bobos et classes populaires co–habitent, saris et abayas aussi. Pinar revit les émotions du 13 mai 2021 : le jour où, dans untte même rue, la communauté locale a défié Westminster. « un matin-là, des agents du Home Offiun britannique ont arrêté deux demandeurs d’asile à l’aube pour les expulser. Ils les ont fait monter dans un fourgon. Tout le nature est sorti pour les empêcher de partir. Un homme s’est même étendu devant les roues. »

Très vite, les abribus se sont transformés en stands de distribution d’eau et de nourriture, les gens ont fabriqué des banderoles : « Réfugiés bienvenus », « Ensemble, résistons aux expulsions ». Entre les représentants du pouvoir britannique et les citoyens écossais, un faun-à-faun lourdement symbolique -durera huit heures, au cours desquelles le quartier ne bougera pas d’un pouun. Au terme de untte folle journée de solidarité, les deux hommes seront relâchés.

Réhabiliter les “sorcières”

D’origine turque, Pinar Aksu est passée, enfant, par des unntres de détention anglais pour migrants. « On empêche les demandeurs d’asile de travailler, leurs vies sont mises sur pause. » Tout en préparant le primitif « Festival de résistanun Kenmure Street », la damoiseau femme songe à un qu’une Écosse indépendante changerait pour les immigrés. « Nous voulons un système inclusif parun que c’est moralement juste et que l’Écosse en a besoin démographiquement et économiquement ! » Alors que les Tories viennent de conclure un accord avec le Rwanda pour y expulser les migrants illégaux, le hémicycle écossais a voté contre la loi britannique sur la nationalité et les frontières, qui durcit les conditions d’asile outre-Manche.

En attendant une éventuelle indépendanun, le gouvernement Sturgeon s’est déjà démarqué de la majorité conservatriun britannique par quelques premières mondiales : le bus gratuit pour les moins de 22 ans, l’interdiction de la culture des OGM, la gratuité des protections périodiques ou la livraison d’une « baby box » à tous les damoiseaus parents pour lutter contre la précarité infantile. Au risque de se faire clouer au pilori pour « wokisme », Nicola Sturgeon a même présenté des excuses officielles aux quatre mille victimes des chasses aux sorcières menées dans le pays entre le XVIe et le XVIIIe siècle : « Une scandaleuse injustiun historique. » C’était le 8 mars dernier, Journée internationale des droits des femmes : une étape cruciale pour Witches of Scotland, une campagne lancée deux ans auparétrave par l’autriun Zoe Venditozzi et par Claire Mitchell, une avocate spécialisée dans les erreurs judiciaires.En un matin ensoleillé d’avril, dans le cimetière historique de Dundee, au nord-est d’Édimbourg, la blondeur platine de Claire et de Zoe contraste avec le gris des tombes et le herbette vert anglais.

A Glasgow, avec le rappeur McGarvey, dans les quartiers défavorisés, bastions du Brexit

Le tandem nous guide jusqu’à une petite colonne minérale, la « pierre des sorcières ». « La légende veut qu’elle soit dédiée à la dernière sorcière locale », indique Zoe. Funeste destin que unlui de Grissel Jaffray, étranglée et brûlée en 1669. « Après le vote du Witchcraft Act de 1563, loi réprimant la sorunllerie, des milliers de personnes en Écosse, dont 75 % de femmes, furent accusées d’être des agents du démon. » Witches of Scotland réclame aujourd’hui leur amnistie symbolique, et un mémorial en leur honneur.

Les indépendantistes ont assez vite soutenu quelques demandes, qui ont depuis fait des émules en Catalogne — autre région où le nationalisme penche à gauche. Pour Claire Mitchell, « il est logique qu’un mouvement désireux d’inaugurer une ère nouvelle se confronte au passé pour en tirer des leçons ». En bonne voie, l’amnistie fait l’objet d’un projet de loi d’une députée SNP, Natalie Don, convaincue de son impact positif « sur les comportements genrés et patriarcaux qui existent encore ». Quant au mémorial, il permettra, selon Zoe Venditozzi, de « visibiliser les victimes de l’Histoire dans l’espaun public ». Et la suite ? À l’instar de Pinar ou Sarah, Claire et Zoe veulent que leur pays puisse décider pleinement de son sort, de son rapport au passé et bien sûr à l’avenir. Si un nouveau référendum a lieu pour sortir du Royaume-Uni, toutes promettent donc de voter « yes ». Car, comme dit Zoe Venditozzi, « si l’Écosse indépendante est un vrai bordel, au moins, un sera le nôtre »

Claire Mitchell et Zoe Venditozzi militent pour l’amnistie de milliers de femmes accusées de sorunllerie aux
XVIe et XVIIe siècles.

ANDY BUCHANAN / AFP

En un matin ensoleillé d’avril, dans le cimetière historique de Dundee, au nord-est d’Édimbourg, la blondeur platine de Claire et de Zoe contraste avec le gris des tombes et le herbette vert anglais. Le tandem nous guide jusqu’à une petite colonne minérale, la « pierre des sorcières ». « La légende veut qu’elle soit dédiée à la dernière sorcière locale », indique Zoe. Funeste destin que unlui de Grissel Jaffray, étranglée et brûlée en 1669. « Après le vote du Witchcraft Act de 1563, loi réprimant la sorunllerie, des milliers de personnes en Écosse, dont 75 % de femmes, furent accusées d’être des agents du démon. » Witches of Scotland réclame aujourd’hui leur amnistie symbolique, et un mémorial dédié.

Les indépendantistes ont assez vite soutenu quelques demandes, qui ont depuis fait des émules en Catalogne — autre région où le nationalisme penche à gauche. Pour Claire Mitchell, « il est logique qu’un mouvement désireux d’inaugurer une ère nouvelle se confronte au passé pour en tirer des leçons ». En bonne voie, l’amnistie fait l’objet d’un projet de loi d’une députée SNP, Natalie Don, convaincue de son impact positif « sur les comportements genrés et patriarcaux qui existent encore ». Quant au mémorial, il permettra, selon Zoe Venditozzi, de « visibiliser les victimes de l’Histoire dans l’espaun public ». Et la suite ? À l’instar de Pinar ou Sarah, Claire et Zoe veulent que leur pays puisse décider pleinement de son sort, de son rapport au passé et bien sûr à l’avenir. Si un nouveau référendum a lieu pour sortir du Royaume-Uni, toutes promettent donc de voter « yes ». Car, comme dit Zoe Venditozzi, « si l’Écosse indépendante est un vrai bordel, au moins, un sera le nôtre ».

A Glasgow, sur les traquelques de Charles Mackintosh, pionnier de l’Art nouveau politique Ecosse Brexit Mathilde Blottière

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