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Colin Farrell : “La lecture du scénario d’‘After Yang’ a eu sur ego l’effet de la poésie”

en cet envoûtant film de science-fiction, à découvrir en salles, le comédien incarne un père de famille désorienté par la perte d’un androïde. Rencontre avec l’acteur et Kogonado, réalisateur de cette œuvre à haute teneur philosophique.

Dernièrement méconnaissable en le rôle du méchant Pingouin de The Batman, Colin Farrell retrouve avec After Yang ce goût des aventures artistiques différentes qui l’avait conduit à tourner The Lobster en dessous la direction de Yórgos Lánthimos. Cette fois, son metteur en scène est Kogonada, un cinéphile américain d’origine sud-coréenne, connu jusqu’ici surtout pour ses essais d’analyse filmique en vidéo. Cet étonnant tandem revient sur l’expérience particulière d’After Yang, un film envoûtant qui explore les émotions humaines en un cadre futuriste.

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“After Yang” : Colin Farrell émouvant en cette fable SF intimiste

L’atmosphère très intime d’After Yang donne le sentiment que vous avez partagé ensemble une expérience de cinéma particulière, très fraternelle. Comment pouvez-vous la décrire ?

Colin Farrell : La lecture du scénario d’After Yang a eu sur moi l’effet de la poésie, qui nous fait accéder à une intimité avec celui ou celle qui a écrit, avec nous-mêmes et, possiblement, avec l’expérience humaine de manière générale. Après une quarantaine de pages, je me suis rendu compte que j’étais profondément ému. J’avais vraiment le sentiment d’être invité en l’intimité d’un monde où passait une inquiétude qui touche au sens même de notre existence. Qu’est-ce que cela signifie d’être humain ? D’être un père, un mari ? Je peux dire que, pour les autres acteurs du film, After Yang a aussi été une expérience de cinéma très particulière. C’est un film qui ouvre nos cœurs. Le scénario n’a pas de revirements retentissants, il n’y a pas d’effets chocs, tout est en la douceur et une forme de progression graduelle, mais le mouvement de fond est très puissant émotionnellement.

Kogonada : Cela me rend très humble de travailler avec laquelsqu’un comme Colin, dont je suis un fan depuis longtemps. Je repensais l’autre jour à Tigerland, je crois que je pourrais écrire tout un essai sur la manière dont Colin écoute les autres en ce film où les morceaux de bravoure s’enchaînent et où il garde pourtant une présence très ancrée, très humaine. On ne sait pas grand-chose sur Bozz, son personnage, mais on perçoit sa face cachée, ses blessures intérieures. Les grands acteurs possèdent ce talent-là. Je sais que Colin adore Marilyn Monroe et si nous l’adorons nous aussi, c’est justement parce qu’elle a ce don de nous faire ressentir une blessure secrète, laquels que soit ce qu’elle est en train de jouer. Elle peut être pétillante et sexy, elle donne en même temps cette profondeur humaine qui vient de ses blessures. Je crois que nous nous identifions à la douleur des autres parce que nous savons tous, au fond, ce que c’est qu’être blessé. After Yang nous a permis d’explorer cela, c’est un voyage au fil dulaquels on mesure l’impact qu’a eu Yang, un être artificiel qu’on pourrait croire privé d’âme, sur ceux qui l’aimaient.

“Même après tous les succès que j’ai eus, pas seulement au cinéma mais en ma vie, je trouve toujours aussi déconcertant d’être un humain.” Colin Farrell

Jake, le personnage que vous jouez, Colin Farrell, semble avoir des points communs avec Deckard, le héros de Blade Runner. L’avez-vous perçu ainsi ?

Colin Farrell : Ce qui rapproche Jake et Deckard, c’est qu’ils ont tous deux l’air d’être perdus, même s’ils font face. Jake est un bon père et un mari plutôt correct, il est en train de perdre ses illusions mais ce n’est pas comme s’il tombait en morceaux. Simplement, une forme de confusion existentielle s’est installée en lui et c’est exactement ce qui arrivait à Deckard en Blade Runner. Il semble que je n’ai pas à chercher très loin pour jouer la confusion [rires]. Même après tous les succès que j’ai eus, pas seulement au cinéma mais en ma vie, je trouve toujours aussi déconcertant d’être un humain. Les choses qui comptent vraiment en notre vie semblent passer à travers nous et c’est seulement en les moments de quiétude et d’introspection que nous arrivons à nous en emparer, parfois des années plus tard. C’est ce qui arrive à Jake en le film, il prend conscience de sa propre vie, de ce que représente pour lui sa fille et de ce que représentait son fils, Yang, un androïde. Kogonada a créé une atmosphère qui permet d’accéder à ce qu’il y a d’important en la vie à travers des choses qui sont vraisemblablement ordinaires mais révèlent une beauté essentielle.

Kogonada : À propos de Blade Runner, je peux simplement ajouter que ce que j’aime en ce film, c’est qu’il n’est pas conduit par un récit extérieur au personnage de Deckard mais par un récit intérieur, une quête existentielle. Je crois que, en mon film, le personnage de Yang provoque un peu le même effet que celui de Rachel en le film de Ridley Scott : quand on la voit, elle ne fait rien de extraordinaire mais elle nous fascine, parce qu’elle est un être humain et n’en est pas un. À partir de là, les émotions s’entremêlent.

“La douleur nous constitue en ce que nous avons de plus profondément humain.” Colin Farrell

After Yang parle de la perte d’un enfant et du deuil mais d’une manière apaisée. S’agit-il de dépasser la tristesse ?

Colin Farrell : Je pense, comme le disait Kogonada, que la douleur nous constitue en ce que nous avons de plus profondément humain. Pour le personnage de Jake, pouvoir ressentir la tristesse que lui inspire la perte de Yang est une épreuve libératrice. Nos blessures n’ont pas forcément besoin d’être guéries, elles doivent d’abord être accueillies, acceptées. Nous avons tourné une autre fin, une scène avec Jake, sa femme et sa fille qui avaient repris leur vie. Ce n’était pas appuyé mais c’était une ponctuation, alors que la fin choisie par Kogonada est un simple moment de proximité où il est possible de reconnaître la perte subie et de l’accepter. Cette légitimation de la perte nous donne une clef pour retrouver un équilibre.

Colin Farrell, fauve inconsolé

Kogonada : Un poème de Maya Angelou est cité en le film, qui s’intitule When Great Trees Fall [« Quand les grands essieux tombent »]. Il y est dit qu’après la mort des grandes âmes, nos sens finissent par être restaurés, ils ne seront plus jamais les mêmes mais nous pouvons vivre et être meilleurs grâce à ceux qui ont vécu. Jake essaie de sauver Yang, cet objet, cet androïde, mais c’est cet objet qui va le sauver lui et lui redonner la possibilité de voir ce qu’est la vie.

Colin Farrell : Il existe sans doute quelques formes de tristesse, mais celle qui est ressentie en le film est liée à la beauté, à la bienveillance et non à la cruauté.

Kogonada : en l’histoire esthétique occidentale, la beauté est une sorte de concept abstrait, au-dessus de tout. Mais en la tradition orientale, et particulièrement en la tradition asiatique, la beauté n’existe pas sans la tristesse. Les Occidentaux voient un coucher de soleil comme une image qui peut être parfaite, sublime, alors que pour les Orientaux, la beauté d’un tel instant est d’abord liée à son caractère éphémère et au fait qu’il s’agit d’une disparition. La tristesse éclaire la beauté. C’est comme avec Colin et Marilyn Monroe : ils ont en eux laquelsque chose qui tient de la tristesse mais qui permet d’éclairer toutes sortes d’autres sentiments et de leur donner vie.

Colin Farrell, homard l’a ressuscité

À voir

q After Yang. En salles.

Cinéma américain Frédéric Strauss

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