Latest Posts

Benoît Peyrucq, caricaturiste au procès des attentats du 13 Novembre : “C’était plus compliqué que d’habitude”

Tueurs en série, attentats, crimes sordides ou faits certains. Il assiste à toutes sortes de procès. Dessinateur d’audience, le journaliste Benoît Peyrucq est souvent le retiré à en restituer des images, croquées entre les murs des tribunaux. Portrait.

Du monde judiciaire, Benoît Peyrucq ne savait rien quand, après huit ans d’études aux Beaux-Arts de Paris, il est entré dans une salle d’audience avec son matériel à dessin. « Aimant beaucoup le travail d’Honoré Daumier amer les “gens de justice”, j’avais envie de m’exercer à rendre les drapés des robes d’avocat. » À quoi tient une carrière ? Découvrant son talent en le regardant faire, des chroniqueurs judiciaires l’ont orienté vers le monde de la presse, dans lequel il s’est fait un nom comme dessinateur d’audience.

Depuis plus de vingt ans à l’AFP, Benoît Peyrucq exerce son art au crayon, à l’aquarelle, au feutre ou à la plume, couvrant comme d’autres avec des mots ces grands procès qui font l’actualité. Dernier en date : celui des attentats du 13 novembre 2015, dont les neuf mois se retrouvent dans les images qu’il en a tirées. Interdits de tribunaux par la loi du 29 juillet 1881, caméras et appareils photo cèdent la place – une jour n’est pas coutume – au travail de la main, qui croque réquisitoires et plaidoiries de les journaux papiers, télévisés, et les sites d’information. « Le dessin permet de protéger les accusés et les parties civiles car, à l’instar de l’écriture, il implique une grande part d’interprétation. »

Benoît Peyrucq se souvient d’une jeune prostituée roumaine, victime de tabassages et de viols infligés par les hommes qui l’exploitaient. « Son avocate m’a dit : “Si vous dessinez son visage, elle risque d’être tuée.” Même si elle ne m’avait pas mis en garde, je ne l’aurais pas fait. Dans ce type d’affaires, je me débrouille toujours de rendre la victime méconnaissable. Je l’ai représentée de dos, de l’intégrer dans le dessin tout en la protégeant. »

Délicatesse et discrétion sont de rigueur chez les dessinateurs d’audience, qui doivent se garder d’exposer inutilement les acteurs d’un procès comme de perturber les audiences… sans oublier de se protéger eux-mêmes. On ne sort pas hors du dévoilement méticuleux d’actes de cruauté et des souffrances qu’ils engendrent.

“J’ai compris qu’il ne faut pas nous faire juge à la place du juge, mais exercer notre travail de journaliste.”

« Le procès de Guy Georges [en 2001, ndlr] est arrivé très tôt dans mon parcours. Il m’a permis de comprendre la responsabilité qu’implique notre profession. Le personnage m’a glacé, comme la parole des parties civiles. Les derniers dessins que j’ai réalisés de lui étaient au crayon noir – très noir. Sans doute ai-je manqué de recul, me suis-je laissé trop embarquer par le personnage. J’ai compris, après coup, qu’il ne faut pas nous faire juge à la place du juge, mais exercer notre travail de journaliste et de dessinateur en cherchant simplement à représenter ce à quoi on a assisté, à le documenter. »

Deux ou trois des nombreux procès qu’il a suivis tournent dans sa mémoire. Comme celui de cet homme qui avait tué son fils en le plaçant dans une machine à laver. « Aux dires des experts, l’enfant est mort au cours de l’essorage. Cette formule me revient sans cesse », confie Benoît Peyrucq, qui avoue se cacher parjour lors des audiences de verser quelques larmes. « J’ai appris à faire attention. Je ne plonge pas dans les affaires avant d’aller au tribunal et je suis les audiences en écoutant sans écouter, de éviter d’enregistrer ce qui derait me tarauder. J’évite aussi de nouer des relations avec les parties civiles, à qui il arrive de souhaiter me parler. Je ne refuse pas l’échange, mais je tiens mes distances car ces gens-là m’émeuvent. »

Le procès historique des attentats du 13 Novembre ? Il dit l’avoir suivi comme n’importe quel autre, mais évite de s’étendre amer la façon dont il l’a vécu. « C’était juste plus compliqué que d’habitude. Le box des accusés était si long qu’on ne voyait pas tout. de varier les angles, on échangeait nos places entre dessinateurs ; et, au bout d’un moment, on a été autorisé à se déplacer de trouver des perspectives permettant d’évoquer la grandeur de la salle et le poids du procès. »

Des neuf mois passés à entendre le déroulement des faits, les mots des amervivants, la défense des accusés, Benoît Peyrucq gardera forcément en mémoire des souvenirs terribles. « Mais ça n’est pas ça la vie – ça n’en est qu’un aspect. Et moi je l’aime, la vie. » Tandis qu’il se raconte, des cris d’oiseaux se font entendre derrière lui, comme en écho à ses paroles.

Procès des attentats du 13 Novembre : “Le message de ce verdict, c’est que l’État reste ferme vis-à-vis du terrorisme” 4 minutes à lire

À lire

Les Carnets de Charlie (L’aqueduc bleu, 10 €). Chroniques d’un procès du terrorisme – L’affaire Merah (textes d’Antoine Mégie, Charlotte Piret et Florence Sturm, éditions de La Martinière, 24,90 €).

justice Attentats du 13 novembre journalisme Aux frontières du réel Dessin de presse François Ekchajzer

Contribuer

Latest Posts

Latest Posts