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À Mougins, un nouvel écrin pour la photographie

Piloté par le duo François Cheval et Yasmine Chemali, le nouveau Centre de photographie a enfin ouvert ses portes. Inauguré le 3 juillet en région Paca, il entame sa programmation avec une exposition d’Isabel Muñoz inspirée de ses rencontres au Japon.

Il y a quelques semaines, le parvis du Centre de la photographie de Mougins était encore goudronné. Au rebut le bitume, bienvenue aux pavés à l’ancienne. La municipalité des Alpes-Maritimes n’a pas fait les choses à moitié pour offrir un bel écrin à son tout nouveau pôle photographique, qui entend faire rayonner la ville dans le paysage artistique français et international. Car si la région Provence-Alpes-Côte d’Azur est l’une des plus équipées en lieux culturels, avec notamment la Fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence, ou le Mamac à Nice, « il y avait clairement un manque concernant la photographie contemporaine », précise François Cheval, ancien directeur du musée Nicéphore-Niépce de Chalon-sur-Saône et nouveau directeur artistique du centre.

Trois ans de travaux et un budget de 1,9 million d’euros financé par la commune, aidée à hauteur de 300 000 euros par la Région Paca, ont été nécessaires pour réhabiliter cet ancien presbytère. La bâtisse choisie présentait plusieurs atouts. Sa surface tout d’abord, capable d’accueillir un espace d’exposition de 200 mètres carrés réparti sur deux plateaux et aménagé avec sobriété et élégance par les architectes de l’agence Griesmar et l’atelier Gabrielli. Son emplacement, ensuite, situé au cœur de la vieille ville, prisée par 100 000 touristes chaque année. Il faut dire que Mougins a eu de célèbres résidents. « Francis Picabia est venu le premier, puis Pablo Picasso, Paul Éluard, Fernand Léger, et bien d’autres artistes ont suivi, rappelle François Cheval. C’est avec cette dynamique et cette modernité que l’on veut renouer. » Le maire aussi.

La façade du Centre de la photographie de Mougins.

© Communication Ville de Mougins

Dans cette ville de presque 20 000 habitants, où les immeubles de standing poussent comme des champignons et les logements se vendent comme des petits pains, où plus des deux tiers de la population est diplômée de l’enseignement supérieur, l’édile Richard Galy, également président du Fonds régional d’art contemporain, mise sur la culture pour renforcer l’attractivité de son bastion. Preuve avec Scène 55, un pôle dédié au spectacle vivant inauguré il y a quatre ans. Symbole du renouveau souhaité, le Centre de la photographie de Mougins remplace quant à lui l’ancien musée de la Photographie André-Villers, un proche de Picasso, dont le fonds est conservé par la nouvelle structure. Cette dernière s’inscrit dans un projet plus vaste. « Un triptyque » comprenant le musée d’Art classique de Mougins, fondé il y a tout juste dix ans, et le futur Centre d’art contemporain, qui devrait prendre place dans d’anciens bâtiments municipaux d’ici deux à trois ans.

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Le Centre de la photographie bénéficiera-t-il des moyens de ses ambitions ? Il semblerait. En plus d’un honnête budget de fonctionnement, 450 000 euros par an, trois sites viennent compléter la salle d’exposition : un lieu de résidence artistique, un espace de stockage et de traitement des œuvres ainsi qu’un lieu de médiation culturelle, où sont installés les bureaux d’une équipe de trois salariés et le centre de documentation. « Avoir une bibliothèque a été une priorité dès mon arrivée », se souvient Yasmine Chemali. Nommée responsable du centre, elle s’est installée à Mougins en 2020 après avoir supervisé les collections du musée Sursock, à Beyrouth. Sous sa houlette paraîtra la revue intitulée Cahiers. « En français et en anglais, c’est impératif », précise-t-elle. Trois parutions annuelles sont attendues, au rythme des expositions.

Celle qui inaugure le bal est Isabel Muñoz. Une femme, tout comme les deux photographes, Natasha Caruana et Jenny Rova, qui suivront à partir de novembre. Pour l’heure, la Madrilène présente avec « Natasha Caruana et Jenny Rova » des récits visuels rapportés de plusieurs voyages au Japon. D’immenses tirages au platine, impeccables, où l’artiste livre sa vision de la culture nippone. Ces portraits éclairés par des lumières caravagesques, qu’Isabel Muñoz maîtrise à la perfection, immergent le spectateur dans un univers mêlant image fixe et en mouvement où les danseurs de butô deviennent des muses aquatiques et des fantômes épileptiques. Des êtres entre deux rives, appartenant à l’ici et à l’au-delà. « Un travail empreint de violence », d’après François Cheval. « Un regard éminemment contemporain », selon Yasmine Chemali. À voir ce que le binôme, prometteur, réserve pour les années à venir.

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