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À Itancourt, une start up de construction en paille emploie les ex-intérimaires de Nestlé sur l’ancien site du groupe

À Itancourt dans l’Aisne, une start up spécialisée dans la production d’éléments de construction en paille s’est installée sur une partie de l’ancien site de production Maggi du groupe Nestlé. Elle emploie les ex-intérimaires de l’usine fermée fin 2020.

À Itancourt dans l’Aisne, la paille a remplacé les potages et les sauces dans l’ancienne usine Maggi. Depuis le début 2021, une start-up s’est installée dans une partie des locaux abandonnés par le groupe Nestlé fin 2020. Elle est spécialisée dans la construction en paille.

Quatre planches de bois, remplies de ballots de paille comprimés et voilà un mur. Ça a l’air simple comme ça mais le plus compliqué intervient en amont pour rendre la paille résistante au feu : « La paille est un produit inflammable mais on pâlie ce problème en la comprimant une première fois quand on la met en botte et après on la met dans une ossature en bois dans laquelle on la comprime une deuxième fois, ce qui augmente encore sa résistance au feu, explique Adrien Cardon, co-créateur de la société Activ Paille. On obtient un matériau avec peu d’air à l’intérieur donc on évite les risques d’incendie. Aujourd’hui, c’est réglementé : on est classé un heure en résistance au feu, mais on peut aller plus loin. L’autre gros avantage, c’est que la paille, quand elle va se consumer, elle va produire une pellicule de carbone à sa surface qui va éviter que le feu ne se propage dans la botte. Ça va encore augmenter la résistance au feu de la paille. »

Pour constituer un mur, la paille est compressée dans une ossature en bois.

© R.Vivenot / FTV

Car faire une botte de paille pour la construction, ça ne s’improvise pas. Il faut suivre des règles – sa compression de la botte, ses dimensions, son humidité – et être vigilant sur tous ces paramètres dès la récolte. Activ Paille travaille avec 10 agriculteurs installés dans un rayon de 30 kilomètres autour du site de production d’Itancourt. Une production locale qui, associée à l’utilisation de bois pour les ossatures, inscrit l’entreprise dans une démarche de développement durable. « Nos bâtiments stockent du carbone plutôt qu’ils n’en émettent à leur production, assure Arnaud Delobel, co-créateur d’Activ Paille. Aujourd’hui, on fournit des extensions pour les particuliers mais aussi pour des bâtiments industriels de plus de 10.000 m² : il y a une structure principale qui peut être en acier, en bois, n’importe quoi et nous, on va faire une enveloppe autour de ça ».

Carnet de commande plein et des embauches à venir

Alors que l’entreprise est en activité depuis seulement quelques semaines, le carnet de commandes se remplit vite malgré les délais : entre la décision de construction et la livraison, il faut au moins deux ans. « Entre la petite extenstion et le bâtiment industriel, il y a des écoles, des crèches, des bâtiments de bureaux, des logements sociaux et collectifs, toute la palette de construction qui puisse exister, explique Arnaud Delobel. Le gros avantage de la paille, c’est que c’est un très bon isolant aussi bien pour l’hiver que pour l’été : les maisons ont besoin de très peu de chauffage mais aussi de très peu de climatisation. Il y a vraiment une demande : on est sur un nouveau marché. La construction paille se développe depuis quelques années et le fait d’avoir développé cet outil de production permet d’industrialiser et de répondre à des demandes qui sont de plus en plus croissante. »

L’entreprise emploie aujourd’hui 4 salariés. Un effectif qui devrait monter à « une bonne quinzaine d’ici la fin de l’année. Et le site est dimensionné pour avoir une équipe au complet de 20 personnes. » Des salariés en reconversion, tous anciens intérimaires de Nestlé Itancourt. « J’avais fait de l’intérim chez Nestlé. J’ai bossé un peu partout depuis, témoigne Jonathan Bouvier. J’ai fait plusieurs boîtes en intérim mais rien de stable: toujours des petites missions, des petits contrats. Et puis, j’ai su que cette entreprise cherchait, le projet m’intéressait donc j’ai postulé. Et là, c’est très bien ! »

Le difficile « après Nestlé »

Casque anti-bruit sur les oreilles, Mickael Gazé n’est pas vraiment dépaysé dans ces locaux. Lui aussi est un ancien intérimaire Nestlé : « une fois que Nestlé s’est terminé, c’était compliqué de trouver un autre boulot. Et là, ils m’ont proposé tout de suite un CDI. C’est un boulot qui me plaît parce que c’est tout nouveau. C’est une nouvelle expérience même si les locaux, je les connaissais déjà. C’est l’avantage ! »

Le 30 avril 2020, un plan de sauvegarde avait été signé entre les syndicats et la direction du groupe Nestlé entérinant la fermeture définitive du site de production Maggi à Itancourt dans l’Aisne. Sur les 158 salariés, les 90 CDI avaient été reclassés au sein des autres sites du groupe, les autres salariés étant partis sur une fin de carrière ou un projet personnel. Il n’y avait pas eu de licenciement sec. Restaient le 25 CDD et la quarantaine d’intérimaires.

À terme, Activ Päille envisage de s’étendre sur l’ancien site Nestlé d’Itancourt. Elle espère également implanter d’autres unités de production en Hauts-de France. 

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